
Une collection d'oeuvres de Munch sera dispersée par Sotheby's
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Du Norvégien Edvard Munch (1863-1944), le grand public connaît Le Cri (1893), un tableau halluciné au parfum d'apocalypse. Une oeuvre d'autant plus célèbre qu'elle a été volée en 2004 au musée d'Oslo consacré au peintre. Des toiles aussi fortes sont très rares sur le marché, car l'artiste avait légué à la ville d'Oslo son atelier, soit un millier de toiles et 4 400 dessins. Dans ce contexte, la collection Thomas Olsen, mise en vente par la maison Sotheby's le 7 février, à Londres, fait figure d'événement. Cette dispersion assez inégale précède la rétrospective Munch organisée par le Museum of Modern Art (MoMA) de New York à partir du 19 février.
Le travail de Munch relève d'un symbolisme nourri d'éléments autobiographiques. Outre un sentiment constant de solitude, on y décèle des fantasmes érotiques et macabres. L'omniprésence de la maladie dans la maison familiale transparaît dans L'Enfant malade (1885). Le désarroi suscité par la mort de son père donne lieu à Nuit (1890). Ses silhouettes sinueuses, souvent schématisées, les contrastes entre les fonds sourds et les touches vives créent de grandes tensions dans ses compositions.
Tout en ayant inspiré les expressionnistes allemands du groupe Die Brücke, Munch n'a jamais rallié de mouvement. Jusqu'en 1908, il séjourne souvent en Allemagne et en France. En 1908-1909, il est soigné au Danemark pour une grave dépression. "Les oeuvres antérieures à 1908 sont les plus recherchées, indique Simon Shaw, spécialiste de Sotheby's. Après 1909, il est moins angoissé, les oeuvres sont moins oppressantes. On peut trouver des portraits des années 1920-1930 pour 150 000 euros."
Il faut compter en revanche plusieurs millions d'euros pour les toiles spectaculaires antérieures à 1908. Sotheby's détient le record avec Filles sur le pont (1902), adjugé pour 7,7 millions de dollars en 1996. En 2000, l'Art Institute de Chicago avait acheté Jeune fille regardant par la fenêtre (1892) par l'intermédiaire du marchand parisien Luc Bellier pour environ 5 millions de dollars. Bien qu'élevés, les prix ne s'alignent pas sur ceux des grands maîtres du XXe siècle, voire sur certains expressionnistes allemands.
"Les artistes comme Munch, pour lesquels il y a peu d'oeuvres disponibles, sont moins chers que ceux pour lesquels l'offre est abondante, remarque Luc Bellier. Certains ont besoin de pouvoir comparer les prix, se rassurer. Pourtant, Munch est avec Gauguin et Van Gogh celui qui a ouvert les pistes pour l'art du XXe siècle."
Comme Gauguin et Van Gogh, Munch est aussi passé maître dans l'art de l'autoportrait. Sotheby's propose le 7 février un spécimen de 1904, estimé de 2 millions à 3 millions de livres sterling (de 2,9 millions à 4,3 millions d'euros). La silhouette du peintre y est enserrée entre deux aplats vert et jaune. Les yeux se sont mués en orbites caverneuses dont on ne distingue plus les pupilles.
Lors de la même vente sera proposé un tableau représentant l'artiste convalescent à la suite de la grippe espagnole (de 750 000 à 1 million de livres sterling). Ce tableau très esquissé, daté de 1918, est toutefois moins abouti que les deux autres variantes conservées par le Musée Munch d'Oslo.
UNIVERS SENSUEL ET MORTIFÈRE
Munch a aussi voué une vraie passion à l'estampe, dont il a expérimenté une grande variété de techniques à partir de 1894. "Dans le cas des estampes, on peut parler de deux marchés différents, observe Tudor Davis, spécialiste de la maison de vente Christie's. Environ 5 % des pièces se vendent très cher et sont des sujets iconiques et des pièces uniques, des versions colorées à la main."
La Madone relève de ces exemples à forte valeur ajoutée. L'image très expressive résume l'univers sensuel et mortifère de Munch. Il en existe six états différents, le peintre ayant à chaque fois modifié la planche pour ajouter des couleurs. Si un exemplaire en noir et blanc de La Madone a atteint 107 000 dollars chez Swann, un autre très coloré s'est propulsé au prix record de 616 000 dollars en 1990 chez Christie's.
En marge de ces envolées, beaucoup de gravures moyennes de Munch se négocient entre 2 000 et 3 000 euros. Sotheby's présente, le 28 mars à Londres, une petite lithographie baptisée Alpha et Omega (1908-1909) estimée à 1 500 livres sterling. Un prix modeste car le papier est endommagé. En revanche, la vente compte une eau-forte de facture symboliste, en bon état pour 30 000 livres sterling, indique Simon Shaw, de Sotheby's.