Coupure de presse — Collection Sylvio Perlstein : Going crazy

Collection Sylvio Perlstein : Going crazy

Il n'a pas échappé à certains que l'époque était bénie pour faire beaucoup d'argent dans le monde de l'art. Cette bénédiction serait d'autant plus appréciable qu'aucun génie artistique, aucune vertu particulière ne seraient désormais spécialement requis pour y prospérer. Cette demi-vérité conjuguée au constat qu'après avoir pullulé, les musées ouvrent désormais antennes et succursales, il n'en faut pas plus pour que des Cassandres pensent que le monde de l'art aujourd'hui n'obéit qu'à une géométrie douteuse du leurre et du lard : un monde boulimique et acculturé, rongé par l'échange (mercantile) et le désir (stérile), des musées envahis par les hordes lorsque d'autres fleurent le moisi, des foires d'empoigne pour l'art contemporain, un avenir radieux pour les sans talents (habiles certes), des investisseurs toujours gagnants. Soit. Mais les choses n'étant pas si simples (ni si compliquées d'ailleurs), on ne saurait occulter des motifs de satisfaction et de plaisir liés à la vie et à l'actualité récentes du monde de l'art. L'ouverture en 2004 de La Maison Rouge est à cet égard un véritable événement, à la fois par sa portée symbolique (Paris se lamente) et par la maîtrise sensible de sa politique d'exposition. Son créateur, Antoine de Galbert, ne semble avoir pris ce risque (c'en est un) que par son goût personnel pour l'art (Red House en écho involontaire à Jimi Hendrix – génie artistique qui n'appartient pas au monde de l'art – en est une jolie démonstration).

Élégance discrète On peut mesurer la contribution de la Maison Rouge à ce que peut recouvrir comme sens l'activité du monde de l'art à la lumière de l'exposition « Busy Going Crazy ». Ce titre décoiffant est celui d'une des œuvres rassemblées depuis les années 1960 par le collectionneur Sylvio Perlstein. Si l'on s'interroge sur l'intérêt de montrer dans un lieu dédié au public une collection privée, on trouvera de multiples réponses. Certaines évidemment viennent des œuvres elles-mêmes, qui nous renvoient à leurs auteurs, aux mouvements artistiques, à l'art et aux sociétés. Mais un autre intérêt manifeste, plus rare, est celui de l'étonnante homogénéité de cet ensemble composé d'œuvres aussi diverses. Plus encore que l'œil, cela semble être l'état d'esprit de Sylvio Perlstein qui, du moins aux débuts, n'était pas plus concerné que cela par le statut d'œuvres d'art, mais s'intéressait à ces choses pour ce qu'elles pouvaient être et dire (Sylvio Perlstein est anversois, ce qui nous rappellera la géniale et vivifiante contribution de la Belgique à l'art du XXe siècle). Cette décontraction, cette curiosité, ce rapport personnel aux œuvres transpirent tout au long de l'exposition. L'élégance discrète de la scénographie permet de transférer au visiteur ce rapport intime du collectionneur à chaque œuvre. C'est là peut-être la plus sensible des qualités de cette exposition : offrir une communion avec des œuvres qui ne sont ici jamais sacralisées, et qui ne l'ont probablement jamais été par leur propriétaire. Or, la sacralisation des œuvres d'art (surtout récentes) est, on le sait, une des données exaspérantes qui tend à caractériser le monde de l'art. Going Crazy ? Not always, Doctor. Luc Bellier