
Le coup de Cœur de Luc Bellier
Nous demandons chaque quinzaine à un marchand de nous présenter l’objet de sa galerie – simple ou précieux – qui lui tient le plus à cœur, en nous expliquant pourquoi.
Dans ce dessin de Pablo Picasso daté du « samedi 11-12-71 », (31 x 24,5 cm), le crayon est venu se poser avec rapidité et urgence, et néanmoins avec une précision géniale, une expressivité hors norme. Le sujet, deux femmes nues et un homme habillé, est délimité, encadré par l’artiste d’un large bandeau de crayon gras et rouge. L’une des « dames » est franchement félicienne, sinon monstrueuse ; l’autre pourrait avoir du charme si elle n’était fardée à l’extrême. À les observer toutes les deux, avec leur physionomie insensée, leur invitation terrifiante, leurs mamelons hypnotiques, on ne s’ennuie pas, mais on peut aussi être un peu circonspect.
C’est d’ailleurs le cas du monsieur qui leur fait face : avec sa jaquette et son air de ne pas trop savoir, on a l’impression d’un vieux professeur qui se serait trompé de classe. En réalité il n’y a pas d’erreur, le vieux monsieur a été convoqué (comme quelques très rares artistes avant lui) par Picasso, qui lui-même tire le fil de sa très longue existence, tout entière remplie d’art, de vie amoureuse et sexuelle. Degas en visite chez les dames, Degas au bordel, Degas voyeur, Degas à la maison Tellier, Degas auteur lui-même de monotypes superbes sur le sujet des femmes au même de monotypes superbes sur le sujet des femmes au bordel. Durant toute l’année 1971, le thème passionné Picasso qui produit des dessins et des gravures à satiété. À plus de quatre-vingt-dix ans, Picasso demeure incroyablement fécond, sa main est parfaite et l’artiste conjugue à l’immense liberté des thèmes de l’art, de la vie, de la sexualité et de la mort.