Coupure de presse — Schatzberg a photographié Bob Dylan comme nul autre

Schatzberg a photographié Bob Dylan comme nul autre

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Jerry Schatzberg, surtout connu comme cinéaste, est un Américain qui a révélé le comédien Al Pacino dans Panique à Needle Park, en 1971, et remporté la Palme d'or du Festival de Cannes, en 1972, avec L'Epouvantail. Mais il a aussi photographié Bob Dylan comme nul autre. En témoigne la captivante exposition proposée par la Galerie Luc Bellier à Paris, en partenariat avec la Galerie Dina Vierny. Soit une cinquantaine de portraits réalisés dans les années 1960, présentés pour la première fois en France, et remarquablement mis en espace par Schatzberg dans la galerie.

Multipliant les formats, les épreuves récentes et les originaux d'époque, les tirages sépia ou au platinium, la couleur et le noir et blanc, cet ensemble, vibrant, révèle un Dylan plus intime, moins distant ou cynique qu'à l'accoutumée. Dylan et Schatzberg se sont rencontrés pour la première fois en 1965, dans un studio d'enregistrement. Né en 1927, ce dernier est alors l'un des photographes de mode les plus prisés de la presse américaine. Il se plaît aussi à réaliser les portraits de comédiens et de musiciens appelés à devenir célèbres.

Dylan, lui, est à un tournant de sa carrière. Car ses fans le considèrent comme un traître à la cause du folk pour être passé à la guitare électrique. C'est justement avec sa basse en bandoulière que Schatzberg le photographie pour la première fois, imposant ainsi sa nouvelle identité. Le photographe réussit un exploit : entraîner le chanteur dans un studio photo. Une première.

PRENDRE LA POSE

Leurs séances s'étalent sur deux ans et donnent lieu à un incroyable jeu de regards. Si la complicité est évidente, Dylan refuse néanmoins de se livrer totalement. Certes, il accepte de prendre la pose, de jouer avec des clés ou un harmonica. Mais il s'abrite aussi derrière des lunettes noires. Se préserve dans l'ombre. Se cache le visage avec les mains. Contrôle ce qu'il veut donner à Schatzberg.

Schatzberg insiste, le cadre au plus près, ou tente de révéler les différentes facettes du personnage à travers des accessoires. Jusqu'au jour où Dylan se décide enfin à tomber le masque. Blacklight Sunglasses in Hand (1965), image superbe, transcendée par la lumière, au grain si épais qu'elle en devient graphique, dévoile alors un jeune homme doux, sorti de son personnage, enfin libéré des responsabilités trop lourdes imposées par ses fans. Pris entre les filets de ces jeux de regards souvent tendus, le public n'est pas seulement spectateur de ces portraits. Il a aussi l'impression d'assister, en direct, aux enjeux de la séance de pose.

Bob Dylan par Jerry Schatzberg. Galerie Luc Bellier, 20, rue de l'Elysée, Paris-8e. M° Champs-Elysées-Clemenceau. Tél. : 01-44-94-84-84. Ouvert du lundi au vendredi de 11 heures à 18 heures. Jusqu'au 26 janvier. Catalogue : texte et photos de Jerry Schatzberg, coédition Galerie Luc Bellier-Galerie Dina Vierny, 80 p., 50 photos, 25 €.

Hélène Simon